par Olivia Le Poidevin
L'Organisation internationale du travail (OIT) entame lundi sa dernière série de négociations sur les premières normes contraignantes en matière d'emploi destinées aux plateformes numériques proposant des services tels que le transport à la demande, la livraison de repas et le commerce en ligne.
Le point de discorde majeur porte sur la classification des employés de ces plateformes - salarié ou travailleur indépendant -, déterminante pour leur accession aux droits.
Les travailleurs des plateformes sont considérés par principe comme des travailleurs indépendants, ce qui les prive de protections sociales garanties aux salariés (salaire minimum, encadrement du temps de travail, congés payés, arrêts maladie, etc.).
L'enjeu des négociations de l'OIT est de déterminer si une uniformisation des droits, salariés comme indépendants, est envisageable.
Les négociations porteront également sur la transparence dans la gestion automatisée, notamment sur la manière dont les systèmes algorithmiques déterminent la rémunération, répartissent le travail et évaluent les performances.
Les membres de l'OIT, qui ont entamé l'année dernière des discussions préliminaires sur l'emploi des travailleurs dits de "plateforme", prévoient de s'accorder sur des règles et des recommandations contraignantes d'ici la fin de la semaine prochaine.
DIFFÉRENTES APPROCHES PRIVILÉGIÉES
Ces négociations montrent que les États-Unis, la Chine, l’Argentine et l’Inde favorisent une approche moins normative, tandis que l’Union européenne, le Brésil et le Mexique soutiennent des protections plus strictes, observe Lena Simet, experte en matière de justice économique chez Human Rights Watch.
Les organisations de défense des droits humains et les syndicats déplorent que la classification généralisée des travailleurs en tant qu’entrepreneurs indépendants permette aux entreprises de contourner les exigences en matière de salaire minimum et les obligations telles que la couverture santé, les congés maladie et les cotisations de sécurité sociale.
L'Organisation internationale des employeurs, qui représente environ 50 millions d'entreprises dans le monde, a déclaré que tout cadre réglementaire devrait rester flexible, permettant aux pays d'adapter les règles à leur contexte national.
La Confédération syndicale internationale, principale organisation mondiale représentant les travailleurs, réclame une convention forte et contraignante. "L'innovation technologique ne peut servir d'excuse pour affaiblir les droits syndicaux démocratiques", a déclaré son secrétaire général, Luc Triangle, à Reuters.
(Rédigé par Olivia Le Poidevin; version française Rihab Latrache, édité par Sophie Louet)

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